(Agence Science-Presse) - Une légende prétend que les Mlabri, population d'environ 300 chasseurs-cueilleurs habitant les profondeurs de la jungle d'Asie du Sud-Est, descend de deux enfants bannis de leur communauté d'agriculteurs. Il a fallu l'arrivée de la génétique pour confirmer que ce n'est pas une fable.
Il y a des centaines d’années, les ancêtres des Tin Prai, une population d’agriculteurs, auraient en effet banni deux enfants et les auraient placés sur un radeau pour que la rivière les emporte au loin. Ces enfants, un garçon et une fille, auraient fui dans la forêt et auraient subsisté de chasse et de cueillette, devenant ainsi les membres fondateurs des Mlabri, la seule tribu de chasseurs-cueilleurs de cette région (à cheval entre la Thaïlande et le Laos).
" Étonnamment, cette histoire s’accorde avec les évidences génétiques et linguistiques ", notent des chercheurs de l'Institut Max Planck d'anthropologie de l'évolution à Leipzig, en Allemagne, dont les travaux sont publiés dans l’édition électronique du PLos Biology de ce mois-ci.
Ils ont constaté que les Mlabri présentent une très faible diversité génétique et, fait remarquable, des séquences d’ADN mitochondrial identiques: cela signifie qu’ils proviennent d’un pool génétique très limité, peut-être composé d’une seule femme — l’ADN mitochondrial étant un type d’ADN transmis uniquement par les femmes — et d’au plus quatre hommes. Les chercheurs ont également découvert que les Mlabri partagent des séquences d’ADN mitochondrial avec les groupes agricoles voisins. Or, des recherches antérieures ont démontré qu'en général, les populations de chasseurs-cueilleurs de vieille souche ne partagent que très peu d’ADN mitochondrial avec les populations agricoles: autrement dit, chasseurs et cultivateurs n'ont pas l'habitude de se mêler.